Section « psycho, socio, anthropologie… », celle à l’intérieur de laquelle quelques âmes sœurs ont laissé leurs traces, continuent d’en laisser. Amitiés disparues, lointaines, occasionnelles, contextuelles, frères et sœurs d’adoption se côtoient ici. Non, je ne cherche pas d’amis, comme l’un d’entre eux le croit…Je suis ouverte aux rencontres simplement, parce que je n’ai pas la prétention de me suffire à moi-même, parce que le contact et l’échange sont trop importants, parce que rien n’est statique ni fixe, parce que j’avance et j’ose croire que je contribue à l’avancement d’autres êtres.
Dernièrement, ma réflexion s’est mise à piétiner, à tourner en rond…Pouvoir en discuter avec mes âmes sœurs m’a fait voir la forêt autour de l’arbre. Je croyais n’avoir jamais été autonome, indépendante, mais ce n’était qu’une demi-vérité. Oui j’ai l’intelligence nécessaire pour me débrouiller dans n’importe quelle situation. Je suis une organisatrice née, on me l’a aussi confirmé, j’avais oublié. J’ai la fâcheuse tendance à oublier ce qui fait de moi quelqu’un de spécial…Et à me souvenir de ce qui me manque ! Mes âmes sœurs sont précieuses pour me recentrer, me donner parfois le coup de pied au cul nécessaire pour me sortir de mon maelström émotif, ou simplement m’y accompagner, me tenant la main pour me donner du courage…
J’ai toujours dépendu financièrement de quelqu’un, à certains degrés. Par contre, intellectuellement, je suis indépendante, je prends mes propres décisions, fais mes choix librement. On revient aux fondements : engagée, esprit libre, respectueuse, tournée vers les autres. Mais tournée vers moi aussi...Oui certains me l’ont vertement reproché, je suis égoïste. Soit, de toute façon je n’ai jamais crû à l’altruisme pur…Les choix que l’on fait sont dictés par nos valeurs, nos buts, mais l’instinct de survie reste à mon humble avis le plus fort. Par conviction, par enrôlement, on peut décider d’embrasser une voie qui rend impossible la domination de l’instinct de survie…Ce jour où l’on choisit de mourir pour une cause est un jour bien triste…C’est le jour où l’on choisit de brûler une bibliothèque… Bref, l’égoïsme est nécessaire, dans la mesure où il n’occulte pas l’interaction, parce qu’il permet d’être bien avec soi et ainsi d’être bien avec les autres. Équilibre…Dans tout et partout…Le but ultime à atteindre…
Une de mes âmes sœurs, avec qui je partage entre autres mon état de Mini Wheat (un côté givré, un côté sérieux), m’a aidé à comprendre et accepter cette dualité en moi. Que je m’en fasse une alliée plutôt qu’une ennemie, puisque de toute façon elle fait partie prenante de mon identité. Pourquoi me couper d’une des deux parties, comme on me le demande encore trop souvent…Pourquoi m’amputer de ce qui fait la richesse et la diversité de ma bibliothèque ? Équilibre entre mes pôles, entre les sections si éclectiques qui font de moi, miss Mini Wheat, ce que je suis.
Certains lecteurs ne connaissent de moi qu’un des deux côtés et c’est correct. D’autres en sont déroutés parfois même dégoûtés ou déçus, c’est dommage…Alors l’élagage se fait, doucement, dans le respect. Parce que même lorsque le lecteur n’arrive pas à s’imprégner de l’atmosphère de ma bibliothèque, il y laisse tout de même sa signature. Parce la liberté d’expression est primordiale, les auteurs ont le droit d’être et de penser différemment de moi. Et quand il arrive que la liberté d’expression de l’un brime celle de l’autre, l’issue est définitive. Sans appel, sans retour, sans rancune mais sans pardon. Paradoxal ? Non. Je ne suis pas rancunière, c‘est un sentiment tellement négatif qui n’apporte rien de plus dans l’évolution. Les humains sont faits d’émotions et les pires sont la rancune, l’intolérance et la jalousie. Mais je ne peux tout pardonner…
L’amour inconditionnel, celui que m’ont offert mes parents, celui que j’ai tatoué dans l’âme, je le porte maintenant à mes enfants. Tigresse je peux devenir lorsqu’on s’en prend à mes rejetons…L’instinct animal refait surface…Quand mes enfants sont nés, j’ai paniqué. Avoir quelqu’un qui dépendait autant de moi me semblait inconcevable. J’ai pris du temps à comprendre que j’avais les capacités pour y arriver. J’avais mis la barre trop haute, je voulais être une bonne mère, celle qu’on m’avait dit que je devais être. Certains ne regardant qu’en surface me voyant comme une mère indigne, ou n’ayant pas ma famille en priorité. Parce que je m’occupe de moi, je ne pourrais m’occuper correctement de ceux qui dépendent de moi…Jusqu’à ce jour où on m’a dit : « Tu les aimes ? Bon ben, part du principe que anyway, ça va être ta faute quand ils iront en thérapie plus tard ! Tu donnes ce que tu as à donner, ils ont à prendre ce que tu donnes et à aller chercher ailleurs ce que t’as pas. Comme toi tu l’as fait… » Tout d’un coup la pression est tombée, et ma vie de mère est devenue tellement plus agréable.
Puis le couperet est tombé, mon fils est diagnostiqué autiste. Pavé dans la mare…Honnêtement, je ne m’en suis jamais remise. Je l’aime profondément, inconditionnellement, mais…Cet enfant m’a apporté tellement…Si ce n’était de lui, je serais probablement passée à côté de nombreux épisodes de ma vie. Mais, je le vois encore comme un échec, comme un obstacle…C’est une des rares difficultés de ma vie que je n’arrive pas à mettre derrière moi, à utiliser comme une force plutôt qu’à tourner en rond dans ma misère…C’est la partie sombre de ma bibliothèque, celle que je n’aime pas visiter parce que source de conflit interne, ma tête et mon cœur s’engueulant à chaque fois. Je l’ai donc mis sous scellés, espérant comme l’autruche que ça disparaîtra si on ne le voit pas ! Mais c’est utopique...Et le jour viendra où les réponses arriveront et que je serai prête à les comprendre, les accepter…
Une auteure spéciale ayant sa résidence dans la section « philosophie et spiritualité » m’a aidé à redécouvrir ma confiance en la vie après cette épreuve. Ses croyances ne sont pas les miennes, mais sa spiritualité rejoint la mienne. Je crois en la vie, en la Terre Mère…Nous humains ne sommes que des locataires de celle-ci…Bien piètres locataires qui font des trous dans le plafond et sans égard au bail transforme la maison qui les accueille sans demander la permission. Il y a longtemps j’ai acquis la conscience de faire mon bout de chemin pour respecter Gaïa. Et je le transmets à mes enfants, aux gens qui m’entourent…Bien que je n’aie de contrôle que sur mes gestes, je persiste en me disant qu’au moins j’aurai essayé.
Athée je suis, je ne peux me résoudre à adhérer à des dogmes, à une vision linéaire et sans ouverture de la spiritualité. Au fil du temps et des rencontres, j’en suis venue à piger dans moult philosophies, à réfléchir à tout ça et me faire ma vision à moi. La découverte, à travers un cours d’écologie humaine à l’UQAM, d’une spiritualité vécue par les amérindiens m’a particulièrement interpellée, au point de m’en inspirer librement. L’attachement à la Terre, aux Esprits qui la peuplent vient toucher mon imaginaire et réveiller une fibre spirituelle. Je parle à mes morts, ceux que j’ai tant aimé et qui sont disparus mais aussi ceux que je ne connaissais pas personnellement mais qui m’on inspirée. Je lance mes questions au Cosmos et les réponses viendront d’elles-mêmes…Lâcher prise, donner le temps, apprendre à recevoir…On ne reçoit pas toujours ce que l’on demande…Ou ça ne prend pas la forme que l’on croyait ou que l’on aurait voulu…Mais en restant ouvert, on s’enrichit…
Certains m’ont dit que mon athéisme est une forme de rébellion. Oui, une partie de moi est née rebelle, délinquante. Je ne fais rien comme les autres ! Pas que je sois exceptionnelle ! Mais je suis moi, et j’ai un esprit libre. Je respecte les croyances des autres, respectez les miennes svp ! S’il n’y avait pas autant d’intolérance, d’incompréhension, d’intransigeance, le monde n’en serait pas rendu là. Il y aura toujours des guerres, l’homme est un loup pour l’homme. Au plus profond de mon âme, j’espère que notre évolution en tant que race n’en restera pas là. Oui nous serons en voie d’extinction un jour…Doués de pensée et d’émotivité, peut-être comprendrons-nous alors…
Je ne suis pas zen, pas linéaire, plutôt montagnes russes ou rivière en crue…Je ne suis pas simple mais pas compliquée non plus. Je marche, par mes chemins de travers, parce que suivre l’autoroute m’ennuie…Portée par mon instinct, je vis l’instant présent, je goûte chaque minute de ma vie, j’accueille le plaisir à bras ouverts même lorsqu’il m’apporte le gouffre quand il disparaît. Je hurle alors ma douleur, dis qu’on ne m’y reprendra plus, que je serai sage…Mais à chaque fois j’y retourne, les yeux grands ouverts, le cœur battant. Je ne connais pas les demi-tons, je suis un pigment fort, qui tache ! Parfois un rouge écarlate, parfois un bleu indigo, souvent un jaune éclatant…
J’ai découvert l’aquarelle il y a 3 ans, après des années d’huile…Un cours de débutants aux loisirs de quartier. Une enseignante, artiste jusqu’au bout des ongles, m’a ouvert un horizon extraordinaire. Univers de transparence, d’ombre et de lumière, union de l’eau et du pigment…Univers créatif, aux milles possibilités…Univers du lâcher prise, du « débarre, laisse-le sortir du papier, reste pas dans le cadre ! »…À travers l’aquarelle j’ai rencontré ces femmes, ces artistes qui comme moi ont besoin de jouer du pinceau pour s’exprimer, pour partager…Un autre beau cadeau de la vie…
L’aquarelle, tout comme l’écriture, la lecture et la musique que j’écoute, sont les liens entre les sections de ma bibliothèque. Liens qui font que tout se tient, que ce soit vivant, interactif. Mais les auteurs, lecteurs et âmes sœurs sont l’inspiration, le souffle, la lumière…